logo sur-mesure image de couverture

 

Bon, alors après avoir écrit il y a peu “les risques d’un logo au tarif très bas” la semaine dernière, voilà donc “le prix d’un logo sur-mesure“. Je vais passer pour un passionné du prix des logos. Ou pour quelqu’un qui vise un référencement naturel sur ce genre de mots-clés, me diront les plus vicieux d’entre vous. Pas du tout. C’est simplement que vient fraîchement de sortir l’Affaire (avec un grand A) du logo de France Info. L’occasion est donc trop belle pour la laisser passer.
Revenons donc sur les faits, ce qu’on leur reproche et, une fois la nouvelle qu’une agence a fait 10 ans de CA de freelance sur un logo digérée, réfléchissons un peu.

 

Rappels des faits: le logo sur-mesure de France Info aurait coûté 500 K€, soit 500 000 €. Ou 328 478 500 anciens Francs.

L’info sort sur le site du Canard Enchaîné le 13 juillet 2016 relayée par Les inRocks. La nouvelle chaîne d’info publique, France Info, qui naîtra chaîne 27 le 1er septembre, aurait payé 500 K€ pour son logo.

logo sur-mesure de france info

Alors bon, forcément, quand on voit pléthore de services qui vous proposent des logos pour des sommes dérisoires, on ne comprend pas. Du moins, le grand public ne comprend pas. La Twittosphere ne manque pas l’information et réagit.

Pourtant, le bien informé Konbini nous explique que ce n’est pas le logo qui a coûté ce prix-là, mais l’habillage entier de la chaîne. Cela comprend pas mal d’éléments (je cite): “Tous les éléments graphiques et de design à l’écran, en passant par les bandeaux déroulants, les infographies… Nous avons également coordonné l’habillage du site Internet, de l’application mobile et du déploiement hors écran”. Première nuance, donc. Cependant, on parle toujours d’un demi-million d’euros, pas sûr que celle-ci suffisent à faire dire à Twitter que finalement, ok, c’est bon, pardon, c’est normal. Mais notons le premier raccourci.

 

D’où sort le prix d’un logo sur-mesure ?

Ce qui me surprend le plus, ce sont les critiques qu’on lui adresse. Le principal reproche étant que le logo est “simple” et “moche”. Ce qui sous-entend que le résultat final ne vaut pas le prix. Ce qui voudrait dire que le prix d’un logo dépendrait du résultat créé. Ce serait assez pratique d’appliquer ce genre de raisonnement à d’autres domaines. Au restaurant par exemple: je n’ai pas aimé le repas, je ne paye pas. Vous allez voir un film ? Payez à la fin en fonction du nombre d’effets spéciaux inclus.

Cela démontre que l’idée (très) répandue selon laquelle un logo se créé en ouvrant Photoshop, en choisissant une police et en ajoutant deux points de couleurs. Ok, l’exemple est peut-être mal choisit, mais vous avez compris. Au contraire, la création d’un logo demande un processus, fractionné en différentes étapes. Et cela prend donc du temps. Pour rappel, un logo a des objectifs, il reste un outil de communication. Il sert à identifier, positionner et différencier.

Pour résumer sommairement le processus de création, il y a en général trois étapes. La première étape consiste en la rédaction d’un brief, qui va servir a expliquer au “créatif” (l’agence, le freelance, le petit cousin qui est doué en dessin). Il lui donnera les objectifs de communication, de positionnement du logo. Il va alors falloir analyser ce brief, faire des recherches, en tirer la substantifique moelle. Commence alors une phase de croquis, de tests. Avec pour but d’obtenir une ou plusieurs pistes répondant aux brief qu’on présentera au client. Qui en choisira une avec des demande de modifications, souvent nombreuses et improbables.

Résumé de la sorte, la création d’un logo sur-mesure semble rapide mais chaque étape peut demander du temps. Or, dans la création de logo, le temps, c’est de l’argent. C’est aussi pour cela qu’il n’existe pas de tarif fixe pour un logo, il dépend des demandes du client. Si le client veut dix pistes, forcément, c’est plus long. Si chaque piste doit faire l’objet de tests avec des panels consommateurs, si les propositions doivent être testées grandeur nature, toutes ces requêtes peuvent amener le tarif à considérablement gonfler. Et si c’est une agence de renom qui s’occupe de vous, son expertise, son savoir-faire n’a pas le même coût que celui de votre petit cousin doué en dessin (normalement).

Les droits d’utilisation d’un logo: cet inconnu…

Le site KobOne met à disposition un outil pour aider les graphistes freelance à calculer le prix de vente d’un logo.  Il montre que le temps de travail estimé se calcule sur 3 postes principaux: la création, l’exécution et le suivi. Le tout multiplié par un tarif jour. Mais il montre aussi et surtout qu’il faut rajouter à ce prix un coût pour les droits d’utilisation. En effet, on s’imagine qu’une fois un logo payé, il nous appartient. Faux.

Celui qui créé votre logo a des droits moraux sur celui-ci, à vie. Il vous est interdit de dénaturer le logo, de le divulguer sans son accord. Par exemple, vous ne pouvez pas acheter la Joconde et lui refaire les lèvres. Ce serait un sacrilège mais c’est aussi et surtout puni par la loi. En outre, l’auteur de votre logo a le droit de revendiquer ce logo comme étant son oeuvre. Vous ne pouvez pas dire qu’il est de vous. Enfin, il peut même retirer l’oeuvre du public s’il le souhaite.

Aussi, pour vous permettre d’utiliser cette oeuvre intellectuelle (cela s’applique aussi dans le cas d’un logo avec juste deux points au bout d’un nom), il faudra payer des droits d’utilisation, indiquant le cadre de l’utilisation du logo. Cela sous-entend une durée, un type d’utilisation (affiche, télé, web, produits dérivés…) sur un certain nombre de supports, dans un certain nombre de pays.

Dans le cas de France Info, on peut donc imaginer que la partie droits d’utilisation, compte-tenu du vaste cadre dans lequel le logo va être utilisé, doit représenter une somme assez conséquente. D’autant plus si le contrat comprend aussi la création des divers supports (affiches, habillages etc) qui sont eux aussi soumis à des droits d’utilisation (ce sont également des oeuvres intellectuelles). Et à ceux qui commencent à s’offusquer dans le fond, je leur demanderai ce qu’ils pensent du fait que Patrice Hernandez continue à vivre confortablement du seul “Born to be alive”. On peut dire ce qu’on veut, à côté de Nina Simone, c’est quand même plutôt “simple” et “moche” non ?

Sauf que s’il touche autant d’argent pour ce tube planétaire, c’est que celui-ci a servi à des boites de nuit à faire danser (et consommer) des clubbers, a servi de bande son à des pubs d’entreprise etc. On lui rétrocède une partie des bénéfices qu’il génère indirectement. Ca n’est pas un système infaillible, mais il a le mérite d’exister…

 

Trop cher ? Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

A mon sens, le vrai problème se trouve plutôt sur le fait que ce tarif est complètement opaque. On a pu lire que le prix se situait autour de 500 K€, qu’il englobait ceci et cela… Mais au final, nous n’avons rien de précis qu’on puisse étudier et estimer. Et c’est bien le problème. Ce flou complètement artistique (non soumis aux droits d’auteurs, lui) génère ce genre de critiques. D’autant que tout contribuable peut se sentir – à juste titre – concerné. France Info étant une chaîne publique, vos impôts ont directement ou indirectement contribué au paiement de l’addition.

Ce type d’opacité se retrouve dans le processus des appels d’offre, que toute agence connaît de près ou de loin. Vous êtes briefé, vous remettez des propositions. Premier souci, ces propositions sont souvent non payées. Plusieurs agences exigent un paiement pour les pistes proposées, ce qui est logique puisque piste = temps =argent. Imaginez devoir faire repeindre votre salon. Vous laissez chacun des 4 murs à un entrepreneur différents et ne payez que le mur qui vous plaît le plus… Tentez le coup, pour voir…

Second souci, et non des moindres, si vous n’êtes pas pris, vous n’aurez probablement aucune explication fondée et argumentée sur le choix final. Comment ne pas se laisser aller au fantasme du copinage, de la retro-cession et autre douceur ?

 

Au final, je concède donc que cette somme pour le logo sur-mesure de France Info est astronomique. Cependant, la juger en considérant simplement que logo est trop simple est une erreur et manque de fondement. Il faudrait prendre en compte beaucoup plus de paramètres, dont nous ne disposons malheureusement pas. Et c’est bien ça le vrai problème.

Source: l’immanquable “Profession Graphiste Indépendant” de Julien Moya pour la partie droits d’auteurs.